Le Pays de Velin

Le Pays de Velin

 

Présentation géographique et historique par Henri Charlin

 

 

 

 

 

Le prestige de notre pays de Velin a résonné bien longtemps dans l’histoire de nos villages. L’écho s’en est affaibli peu à peu, avant de disparaître à travers le Nord Dauphiné ou l’Est Lyonnais. La toponymie éclaire l’identité de ce territoire, par exemple : Bèchevelin, Saint-Bonet et Saint-Laurent-en-Velin, Azieu-en-Velin, Saint-Priest-en-Velin.

Ce n’est qu’en 1320 que le village de Vaulx, jadis sur la rive droite du Rhône s’est retrouvé sur la rive gauche, suite aux divagations du fleuve, au cours de crues mémorables, d’où Vaulx-en-Velin…

Une tribu celte avait occupé le pagus Vellanus(1). Il y avait encore au début de notre siècle le menhir de Pierrefitte à Décines, sentinelle avancée du Velin au bord du Rhône…
Le Velin est un plat pays où les moraines glaciaires conduisent inexorablement les routes, qu’elles soient celtiques, gallo-romaines, savoyardes, delphinales, royales, impériales, ou nationales vers les Alpes, vers Grenoble ou la Savoie, vers Milan ou Rome.

 

Ce territoire est parfaitement délimité par des frontières naturelles : le fleuve Rhône au septentrion et au couchant ; une rivière au levant, la Bourbre, que l’on appelle aussi le Charuy, à Pont de Chéruy entr’autres… l’ancien carusium du moyen-âge ; enfin un petit cours d’eau au midi,  l’Ozon, qui prend sa source entre Heyrieux et Valencin (2), une frontière entre Ségusiaves et Allobroges selon Jullian, entre Velin et Viennois, destinée à perdurer jusqu’à la Révolution entre les deux diocèses de Lyon et de Vienne.Le doyenné viennois bordant l’Ozon porte le nom de Marc, Beauvoir de Marc, Villeneuve de Marc… évocation de ces marches de la Narbonnaise, à la frontière du pays lyonnais.

 

Au temps de Lugdunum, le Velin transparaît sur fond de colonie d’outre-Rhône. Après la villa urbana de Villeurbanne, se sont établies des villas rurales.
De la Madeleine à Champagneux (actuel Hôpital St Jean-de-Dieu), des mausolées peuplaient la route de Vienne et la route du Velin dirigée vers la chapelle de St Alban.
Les villages tirent leurs noms d’un anthroponyme latin : Vénissieu, Meyzieu, Chassieu, Toussieu, Heyrieu, Quincieu, Manissieu… à l’origine un domaine rural de villa gallo-romaine.
L’une d’entre elles a été découverte en 1979 à Meyzieu, au quartier de la Dent, révélant un atelier de bronzier. Un théâtre antique rural surgira-t-il un jour de l’oubli à Meyzieu auprès des sources celtes de Bardieu ? 

Une autre exploitation essentiellement rurale a été découverte à la Grande Seiglière, à Genas-Azieu en 1982. De nombreux sites à tegulae ont été recensés, particulièrement à Saint-Laurent et à Saint-Bonnet où un bassin gallo-romain a été mis à jour en 1984. Une hypothèse d'étude en orienterait la destination au rouissage du chanvre.

 

« Quand l’église de Lyon organisa ses doyennés ruraux, elle trouva un canevas tout préparé dans le cadre traditionnel du pays de Velin et y établit l’archiprêtré de Velleno à Meyzieu, cette paroisse en étant le centre, puis le chef-lieu » (3)

 

Le relief particulier du Velin favorise la présence de mottes féodales, ces mottes longtemps environnées de mystère, dissipé par les progrès de la connaissance archéologique. La fouille méthodique de l’une d’entre elles à Décines en 1981 a permis d’identifier un poste d’observation au bord du Rhône du XIème au XVème siècle ; cette motte a été explorée par Madame Jeanine Monnier et Madame Elise Boucharlat, archéologues de la circonscription des Antiquités Rhône-Alpes, puis par Alegria Bouvier.

 

 

Transit du sel en Velin

 

En provenance des salins du midi, des nautoniers assuraient les livraisons de l’or blanc par la vallée du Rhône, accostant rive droite au cri de « terre de Riôme », rive gauche au cri de « terre d’Empi » ; le sel est resté longtemps préservé de tous droits de péage à travers le Velin, à part d’Empire, un passage privilégié pour le transit du sel, denrée de première nécessité jusqu’au XIXème siècle …Le salaire n’était autre que la paye permettant avant tout l’achat du sel. Des convois de mulets cheminaient jusqu’à Seyssel à destination de la Savoie, des Alpes, du Marquisat de Saluces ou de la Suisse, tous ces pays exigeant beaucoup de sel  pour leurs troupeaux et leur élevage. La Gabelle en terre d’Empire ne fut appliquée qu’après le traité passé entre le roi Charles VII et le roi René de Provence « pour le tirage du sel par le fleuve Rhône à la part d’Empire ». Le Velin perdit ainsi son privilège.

 

 

Cartes de notre région

 

La plus ancienne carte de notre région est due à l’ingénieur d’Henri IV, Jean Beins, en 1607. Elle a été publiée dans un ouvrage de François de Dainville « le Dauphiné et ses confins ». Il s’agit de la carte n° XVII.
Louis XIV avait confié, en 1688, la création d’un service cartographique à Louvois, une nouvelle méthode de triangulation venant d’être découverte. César François Cassini fut employé à la description géométrique de la France, à laquelle il se consacra jusqu’à sa mort en 1784. Il avait publié une première carte du Royaume qu’il appelait la carte des triangles à l’échelle 1/86.400e. Son fils, Jacques termina ses travaux et présenta la grande carte de Cassini à l’Assemblée Nationale pour la division de la France en départements (1748-1845).

 


  1 Les habitants du pagus Vellanus, de la tribu des Vellani ou Vellauni auraient transmis leur nom au pays qu’ils occupaient antérieurement à l’occupation romaine.

  2 Le Velin – Joseph Saunier – Evocations – Novembre 1949.

  3 Polyptyque Saint Paul de Lyon – appendice XXI.